
Pour clore cette année 2025 en apothéose, les Photons d’Or ont l’immense plaisir de récompenser une image qui repousse les limites de l’astrophotographie amateur collaborative : la Team FACT (French Amateur Collaborative Telescope) nous livre ici une fresque monumentale de la constellation de Céphée, fruit d’un effort technique et humain remarquable.
La région immortalisée par la Team FACT est un carrefour complexe où se croisent l’ombre et la lumière. En traversant cette image, on parcourt des centaines d’années-lumière de gaz, de poussières et de nurseries stellaires.
1. Le Fantôme de Céphée (Sh2-136 / VdB 141)
En haut à gauche de cette fresque, surgit la nébuleuse du « Fantôme de Céphée ».
Située à environ 1 500 années-lumière, cet ensemble est un « globule de Bok ». Sous ses airs de silhouette éthérée, c’est un cocon de poussières ultra-denses où la gravité est en train de sculpter les étoiles de demain.
Le détail le plus fascinant se niche dans les « yeux » du fantôme : l’objet HH157, un système binaire de faible masse en formation qui expulse des jets de gaz à des vitesses vertigineuses, marquant ainsi le début d’une nouvelle existence stellaire.
2. Le Cœur de Cobalt : NGC 7023 (nébuleuse de l’Iris)
Trônant majestueusement au centre, la Nébuleuse de l’Iris déploie ses pétales bleutés.
Découverte par William Herschel en 1794, elle abrite l’amas ouvert OCL 235. Son éclat provient de la réflexion de la lumière de l’étoile HD 200775, une étoile de type Herbig Be située à 1 600 années-lumière.
Ici, la Team FACT a réussi à capturer non seulement le cœur brillant, mais aussi les extensions de poussières qui s’étirent comme une tige sombre vers le reste du complexe nébuleux.
On y distingue même une petite structure en « papillon blanc », témoin de la finesse des données acquises à longue focale.
3. La « Boucle de l’Obscurité » et ses secrets (LBN468)
En bas à droite, l’image plonge dans les ténèbres de LBN 468. Ce complexe de nuages moléculaires denses agit comme un rideau d’obsidienne, bloquant la lumière des étoiles d’arrière-plan. Mais ce désert apparent recèle des joyaux rares :
La Nébuleuse de Gyulbudaghian (GM 1-29) : Une minuscule nébuleuse variable illuminée par l’étoile PV Cephei. Sa forme change au fil des mois, au gré des jets de la proto-étoile qu’elle abrite. C’est l’un des rares objets du ciel profond que l’on peut voir évoluer à l’échelle d’une vie humaine.
HH376A : Un autre objet de Herbig-Haro, se distinguant par sa couleur rouge orangé, signature de l’hydrogène excité par les chocs stellaires.
L’image de la Team FACT est un véritable tour de force, remarquable sous plusieurs aspects.
L’usage d’une mosaïque (4 panneaux) combinant différentes focales (de 300 mm à des télescopes plus puissants pour les détails fins) permet une plongée vertigineuse dans l’image. Passer du champ global aux détails des globules de Bok sans perte de piqué est une expérience rare. La fusion des données provenant de capteurs variés (IMX571, ASI2600, etc.) a été réalisée avec une rigueur chirurgicale, ne laissant apparaître aucune couture, signe d’une préparation et d’un étalonnage parfaits.
Réussir à accumuler plus de 81 heures de pose depuis la France s’apparente déjà en soi à un petit exploit logistique. Ce temps d’intégration massif est la clé de la réussite pour les zones de poussières sombres de LBN 468.
Là où une image classique n’offrirait qu’un fond noir bruité, la Team FACT révèle des textures de poussière « chocolat », des nuances de densité et des micro-structures au sein même de l’obscurité.
La gestion des couleurs est d’une justesse exemplaire. Le bleu électrique de l’Iris ne « bave » pas sur les zones environnantes, et le rouge des objets de Herbig-Haro reste saturé et distinct. La transition entre les zones de réflexion (VdB 141, NGC 7023) et les zones d’absorption (LBN 468) crée une sensation de relief et de profondeur tridimensionnelle absolument saisissante.
Enfin, il faut saluer la « robustesse » de l’équipe : la maitrise des données, de l’acquisition au traitement final sous PixInsight et Photoshop, démontre que le collectif est devenu une « machine de guerre » au service de l’excellence astrophotographique !
Derrière l’acronyme FACT (French Amateur Collaborative Telescope) se cache une aventure collaborative particulièrement inspirante, née il y a deux ans de la rencontre entre quinze passionnés d’astrophotographie unis par une philosophie commune : la mutualisation des talents au service de l’excellence.
Pour cette image, ont ainsi participé : Vincent Martin, Thibaut Rouillée, Louis Leroux, Cédric de Decker, Cyrille Malo, Lucas Thibaud, Jean-Charles Ripault, Vincent Flouzat, Maxime Martin et Clément Piel.
Cette équipe française s’organise autour de deux sous-groupes complémentaires – l’un spécialisé dans l’imagerie grand champ (focales de 280 à 500 mm), l’autre privilégiant les instruments de forte puissance (750 à 2 000 mm) – et a déjà publié seize images de grande qualité.
Cette productivité volontairement mesurée reflète la philosophie fondamentale de l’équipe : privilégier résolument la qualité à la quantité.
Car c’est bien là l’un des défis majeurs des astrophotographes français : conjuguer passion et réalités du quotidien sous nos latitudes capricieuses. Entre météo incertaine, contraintes professionnelles et familiales, les heures de route pour atteindre un ciel de dépourvu de pollution lumineuse… mener à bien des projets « marathon » peut rapidement devenir un casse-tête logistique.
C’est cette frustration légitime qui a conduit quatre membres particulièrement motivés – Vincent Martin, Thibaut Rouillée, Louis Leroux et Cédric de Decker– à franchir le pas du remote en installant un setup compact mais efficace au Texas, chez StarFront Observatories.
Les ambitions futures de la Team FACT s’inscrivent dans cette logique d’excellence : viser des cibles toujours plus exigeantes par leur magnitude ou leurs dimensions, et qui sait ? Peut-être réaliser un jour LA découverte dont rêve tout astronome amateur. C’est tout le mal que nous leur souhaitons !
En attendant, FACT continue de cultiver ses valeurs fondatrices : esprit collaboratif, recherche de l’excellence et partage des connaissances – une philosophie qui résonne parfaitement avec l’esprit des « Photons d’Or ».
Date : automne 2025
Lieu : France
Optiques : Askar FRA300, FRA400, FRA500 – Orion N 150/750 – SW Explorer 200 – TS-Optics 61ED
Montures : SW EQ6-R – SW HEQ5 – ZWO AM5
Caméras : Poseidon-M Pro – RisingCam IMX571 – ASI2600MC DUO – ASI2600MC – ZWO ASI2600MM – ASI533MC
Filtres : Antlia V-Pro Luminance 36 mm · ZWO UV IR CUT 2″
Échantillonnage : 1,92″/px
L : 943 × 180s (47h 9′)
RGB : 685 × 180s (34h 15′)
Total : 81h24
Traitement : APP – Pixinsight – Photoshop
Les Photons d’Or récompensent chaque mois une image particulièrement remarquable réalisée par un amateur… n’hésitez pas à proposer vos images !
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