
Photons d’Or – Mai 2026
L’image du mois Mai 2026 Quand la glace d’Oort embrasse les forges d’Orion : la conjonction C/2025 R3 et M42 depuis la Namibie, par Julien De Winter et Sascha Ebeler. Il y a des images qui transcendent la simple prouesse
Située dans la constellation du Serpentaire (Ophiuchus), LDN 43 est une nébuleuse obscure remarquable par sa silhouette évoquant celle d’une chauve-souris aux ailes déployées, d’où son surnom informel. En imagerie, elle se détache comme une tache sombre et ramifiée sur fond d’étoiles du bulbe galactique.
Sa distance réelle est estimée à environ 430 années-lumière, dans l’environnement immédiat du nuage moléculaire d’Ophiuchus, dont elle constitue vraisemblablement l’une des extensions périphériques. Cette proximité en fait une région de choix pour l’étude des premières phases de la formation stellaire.
LDN 43 abrite ainsi une jeune étoile en formation, connue sous le nom de RNO (« Red Nebulous Object« ) 91. Il s’agit d’un objet peu lumineux encore partiellement enfoui dans son cocon de gaz et de poussière. Des observations dans l’infrarouge et les ondes millimétriques ont révélé que cette étoile est en transition entre deux stades précoces de son évolution : elle commence à émerger de son enveloppe, mais conserve encore une partie de celle-ci sous forme résiduelle.
Des structures de gaz en mouvement ont été détectées autour d’elle, trahissant la présence de jets et de vents stellaires, caractéristiques des étoiles très jeunes. De plus, les images en infrarouge montrent des nébulosités par réflexion décalées du cœur de la nébuleuse : la lumière de l’étoile diffuse dans les cavités creusées par les éjections de matière, créant des zones brillantes là où le milieu est devenu suffisamment transparent.
Des études récentes montrent que l’enveloppe de gaz entourant RNO 91 est en train de se dissiper, sans doute parce que l’étoile en formation continue d’accréter de la matière tout en expulsant une partie de son environnement. Cette évolution laisse apparaître des cavités ou des zones moins denses au sein de la nébuleuse, visibles à la fois en continuum submillimétrique et en imagerie infrarouge.
Bien que la masse totale de l’étoile et de son enveloppe semble encore suffisante pour que le système reste gravitationnellement lié, les observations suggèrent que l’accrétion touche à sa fin dans la région centrale. LDN 43 illustre ainsi une étape intermédiaire où l’enveloppe originelle est en voie de disparition, marquant la fin de la phase protostellaire proprement dite.
La distance exacte de LDN 43 fait encore l’objet de discussions dans la littérature. Certaines bases de données, ainsi que plusieurs sources grand public, mentionnent une distance d’environ 1400 années-lumière, en l’associant à tort à des régions plus profondes du nuage du Scorpion ou à la structure du bras galactique local.
Cependant, les études les plus détaillées menées sur RNO 91, la source jeune associée à LDN 43, proposent une distance nettement plus proche évaluée à environ 125 à 130 parsecs, soit ~430 années-lumière, en cohérence avec les mesures globales du complexe Ophiuchus–Lupus, confirmé par les données de Gaia DR2/EDR3.
Ce positionnement est également renforcé par la cinématique du gaz et l’environnement stellaire : les vitesses radiales mesurées dans LDN 43 sont similaires à celles d’Ophiuchus, et plusieurs jeunes objets de cette zone montrent une parallaxe compatible avec la même distance.
Ainsi, LDN 43 semble bien physiquement associée au complexe d’Ophiuchus, et non aux régions plus lointaines du bras du Sagittaire. La distance de 430 années-lumière est donc la plus cohérente avec l’ensemble des données disponibles à ce jour.
L’image mise à l’honneur ce mois a été réalisée par la Team Ciel Austral avec un setup incroyable exploité à distance sous le ciel chilien ; à savoir un télescope Planewave CDK610 sur monture L600 de la même marque, associé à une nouvelle caméra à la pointe de la technologie : la Moravian C5-100, reposant sur un capteur CMOS Sony IMX 461 de 100 Mpx !
Les premières images réalisées par l’équipe avec cette caméra démontrent les énormes qualités de cette dernière en terme de sensibilité et de bruit de lecture.
Comme toujours avec Ciel Austral, l’image révèle un travail de traitement d’une grande finesse, qui parvient à restituer à la fois la profondeur du champ stellaire et la subtilité des détails dans la nébuleuse obscure, sans forcer les contrastes ni écraser les faibles nuances. La multitude de petites galaxies en arrière-plan est un véritable régal à contempler…
On notera également l’excellente résolution angulaire sur l’image en version « full », permise par l’association d’une caméra à faible échantillonnage et du télescope de 610mm de diamètre installé dans un site bénéficiant d’un seeing stable et d’un ciel très noir typique du Chili. De même, le bruit de fond est remarquablement contenu, avec 43h d’acquisition !
Le champ est parfaitement cadré, avec un équilibre soigné entre la nébuleuse sombre, les fines nébulosités environnantes, et le riche arrière-plan stellaire. La colorimétrie des étoiles est naturelle et bien différenciée, sans dérive excessive dans les tons chauds ou froids, ce qui témoigne d’un traitement respectueux des données brutes.
Une fois encore, la Team Ciel Austral nous propose un travail d’orfèvre, aussi exigeant que discret, au service de la lisibilité de cet objet céleste complexe et fascinant !
Est-il encore besoin de présenter la « team » Ciel Austral ?
Composée de 8 passionnés disposant chacun de compétences propres (Jean-Claude Canonne, Didier Chaplain, Laurent Bourgon, Philippe Bernhard, Nicolas Outters, Georges Chassaigne, Mike Selby et le « petit nouveau » Stéphane Vetter), cette équipe repousse les limites de l’astrophotographie en cumulant sur chacune de ses images des temps de pose colossaux et à peine concevables pour l’amateur moyen (avec un record à 1060h (!) de pose pour une mosaïque du Grand Nuage de Magellan).
Exploitant à distance plusieurs télescopes de haut niveau sous le ciel magique du Chili, la team Ciel Austral sait se donner les moyens de ses ambitions : conception d’instruments et d’accessoires sur mesure, caméras ultra-sensibles et à la pointe de la nouveauté (Moravian C5-100 utilisée pour cette image), traitements d’image de haut niveau… rien n’est laissé au hasard ! Cette combinaison exceptionnelle de talents et de matériel de rêve ne peut qu’aboutir à des résultats toujours plus spectaculaires.
Toutefois, résumer Ciel Austral au temps de pose de ses images ou au matériel employé n’aurait aucun sens et occulterait l’essentiel : une quête continuelle de perfection et de (re)découverte des beautés de l’Univers.
Le meilleur moyen de s’en convaincre est encore de parcourir leur galerie, où chaque image est en soi un petit bijou qui, au-delà de l’aspect purement esthétique, permet de se sentir plus proche des merveilles du Cosmos…
Date : du 06/03 au 29/04/2025
Lieu : Observatoire El Sauce (Chili)
Optique : Planewave CDK 610 – f/6,5
Monture : PW1000
Caméra : Moravian C4-16000
Filtres : Astrodon
Pilotage : The SkyX – MaxPilot
Echantillonnage : 0,19 »
L : 210 x 300s (bin1)
R : 101 x 300s (bin1)
G : 101 x 300s (bin1)
B : 101 x 300s (bin1)
Total : 42h45
Traitement : APP – PixInsight – Photoshop
Les Photons d’Or récompensent chaque mois une image particulièrement remarquable réalisée par un amateur… n’hésitez pas à proposer vos images !

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