
Photons d’Or – Mai 2026
L’image du mois Mai 2026 Quand la glace d’Oort embrasse les forges d’Orion : la conjonction C/2025 R3 et M42 depuis la Namibie, par Julien De Winter et Sascha Ebeler. Il y a des images qui transcendent la simple prouesse
Sur cette image, la lune – telle une pomme – semble véritablement tomber de l’arbre vers la Terre, seulement figée dans son mouvement par la magie de la photographie ! Une allégorie simple mais plus profonde qu’il n’y parait…
En effet, selon la légende, c’est étant assis au pied d’un pommier et voyant un de ses fruits tomber au sol que le grand physicien anglais Isaac Newton aurait soudain eu l’illumination de la notion de gravitation.
« Pourquoi la pomme tombe t-elle toujours vers le centre de la Terre, et pas sur le côté ou encore vers le haut ?«
Newton comprit que la masse de la Terre devait attirer la pomme ; de la même manière que la pomme devait attirer réciproquement la Terre, dans une moindre mesure toutefois en raison de sa masse beaucoup plus faible.
Ce n’est que quelques temps plus tard qu’il eu l’idée de généraliser ce raisonnement, en partant du principe que cette force ne devrait pas se limiter à une certaine distance de la surface terrestre… et de comprendre alors que cette même force devait maintenir la Lune sur son orbite, ou encore toutes les planètes autour du Soleil.
Le raisonnement génial de Newton est ici de comprendre que la Lune, tout comme la pomme, tombe bien vers le centre de la Terre… mais qu’elle la « rate » en permanence en raison de sa vitesse propre. Cette théorie de la « gravitation universelle » sera formalisée mathématiquement par Newton dans ses Principia publiés en 1687.
Cette photographie d’Olivier Bernard illustre magnifiquement la genèse de cette théorie (moins légendaire qu’on le croit souvent) et ses répercussions fondamentales et durables dans le domaine de l’astronomie… mais bien sûr, il est aussi possible d’y voir juste une très belle image, dont la simplicité et le caractère épuré participent à sublimer la dimension poétique !
Une fois n’est pas coutume, l’image mise à l’honneur ce mois-ci nous rappelle qu’il n’est nul besoin de gros télescopes, de caméras refroidies ou de dizaines d’heures de pose pour pratiquer l’astrophotographie : un simple appareil photo monté sur un trépied suffit parfaitement pour immortaliser de magnifiques phénomènes ou des panoramas grandioses.
Ici, une simple pose d’une seconde, déclenchée pile au bon moment (parfait dégradé des couleurs du ciel, Lune bien positionnée et magnifiée par son aspect « cendré », apparition des premières étoiles…) suffit à créer une ambiance propice à la contemplation du ciel.
La composition est volontairement minimaliste mais bien pensée : le sol terrestre est relégué tout en bas de l’image, tandis que le ciel en occupe la majeure partie. La silhouette de l’arbre, parfaitement centrée, sert de guide visuel et spirituel entre ces deux éléments ; invitant le regard à s’élever vers le ciel, où luisent les premières étoiles…
Un mot à ce propos sur l’objet « star » de cette image : l’arbre lui-même !
Il s’agit d’un marronnier situé en bordure de l’autoroute A10, entre Blois et Orléans, particulièrement visible si vous empruntez cette voie rapide : d’une taille majestueuse, il est également totalement isolé au milieu des champs céréaliers alentours. Bien que situé dans la commune de Clos-Moussus, il est plus simplement surnommé « le marronnier de l’A10 ».
Un premier plan de choix qui lui assure une certaine notoriété parmi les photographes et qui a déjà été mis à l’honneur dans d’autres circonstances (cf image ci-contre). Olivier Bernard n’a d’ailleurs pas hésité à prendre la route sur une centaine de kilomètres pour se bénéficier de sa silhouette majestueuse…
La présence de la Lune à mi-chemin entre l’arbre et le sol apporte du dynamisme à ce cadre empreint de stabilité ; dynamisme renforcé par la lumière « cendrée » : la Lune dans les premiers jours de son cycle est alors éclairée par le soleil sur la droite, tandis que le reste de notre satellite est encore plongé dans la nuit et seulement éclairé par la lumière de la Terre.
Cette phase cendrée est très propice à des panoramas terrestres (puisque la Lune, se couchant peu de temps après le soleil, est alors proche de l’horizon) et renforce le lien immuable entre notre planète et notre satellite.
La réalisation d’une telle image, si elle implique moins de matériels perfectionnés qu’une image du ciel profond en poses longues, ne s’improvise cependant pas ! Il est essentiel de repérer les bons emplacements pour disposer des éléments importants au premier plan, de planifier l’heure de prise de vue (en fonction de l’heure de coucher du soleil, la position de la Lune…), d’attendre le meilleur moment afin de pouvoir saisir et sublimer les couleurs du ciel… et d’avoir un peu de chances pour que la météo soit clément à l’heure précise !
Par ailleurs, des réglages précis d’ouverture, de sensibilité (ISO) et de temps de pose sont évidemment indispensables pour obtenir une photographie réussie (mise en évidence de la lumière cendrée, pas de surexposition du croissant lunaire, ombres suffisamment profondes…). Une maitrise qui vient en grande partie avec la pratique et l’expérience.
Plus encore que les autres domaines de l’astrophotographie, la réalisation de « nightscapes » laisse la part belle à l’imagination, à la sensibilité et à la créativité du photographe… avec à la clé, des images souvent bien plus chargées en émotion, porteuses d’histoires et qui renvoient le spectateur à son propre rapport au ciel.
Une leçon que nous rappelle Olivier Bernard avec cette image tout simplement belle et qu’on ne se lasse pas d’admirer !
Attiré par les étoiles depuis son plus jeune âge, Olivier a pu commencer à observer dès l’âge de 10 ans avec un 115/900 – cadeau de son grand-père.
Après de belles séances sur Jupiter ou Saturne, ce petit télescope a malheureusement fini au fond d’un garage (mais cela arrive même aux meilleurs !).
L’intérêt est revenu pendant le premier confinement Covid : Olivier se renseigne alors dans les forums spécialisés et sur les réseaux sociaux, s’intéresse rapidement à la possibilité de pratiquer l’astrophotographie et fait l’acquisition de son premier setup (150/750 sur Eq3-2) avant d’évoluer sur un équipement plus avancé (Askar FRA600 sur HEQ5) avec lequel il réalise déjà de très beaux clichés visibles sur sa galerie Astrobin.
Olivier s’oriente désormais davantage vers l’astrophotographie très grand champ et en nightscape : la présente image laisse augurer de prochaines superbes réalisations que nous attendons avec impatience !
Date : 31 juillet 2022
Lieu : Clos-Moussu (Loiret)
Optique : Sigma 135mm f/1,8
Caméra : Canon EOS 6D défiltré
Nombre de poses : 1
Pose unitaire : 1s – 400 iso
Les Photons d’Or récompensent chaque mois une image particulièrement remarquable réalisée par un amateur… n’hésitez pas à proposer vos images !
Si l’espace commentaires n’est pas accessible, consultez le guide pratique pour y remédier !

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